Partie 5 Y. ne me parlait jamais de son fils. Il devait avoir 30 ans lorsqu'il est mort, la seule marque de son existence pour moi était une petite photo en noir et blanc encadrée et posée sur le meuble du salon. Je crois qu'il était trisomique, "attardé" comme on le murmurait même si je n'ai pu mettre un nom sur sa maladie que bien des années plus tard.
En 1995, lorsque nous avons déménagé sur Brest, Y. vivait toujours dans sa petite maison, elle devait constamment surveiller ses repas: pas de sel, pas de beurre, pas de matière grasse. Elle était sous respirateur, elle avait toujours été très forte et son coeur et ses poumons avaient du mal à suivre. Mais malgré cela, elle était toujours heureuse de nous accueillir pour une tisane et pour bavarder les fois où nous descendions voir la famille.
Le jour où ma mère m'a appelé pour m'annoncer son décès, j'étais à l'école dans le sud de la France et j'étais en train d'écrire une lettre à Y. Je suis rentrée à Nantes pour assister à son enterrement, c'est ce jour-là que j'ai entr'aperçue pour la première fois la chambre de Y.. Chez nous, les chambres des adultes étaient des lieux tabous où les enfants n'avaient pas le droit de rentrer. J'ai refusé de la voir. Je ne suis pas très à l'aise avec les morts, je préfère me rappeler d'eux vivants. Le jour de son enterrement, sa fille m'a dit devant sa tombe de finir cette lettre. Je n'ai jamais réussi à le faire, cette lettre était pleine de futilités, je lui racontais ma vie à l'école où j'étais à ce moment-là en quelques mots.
Peu de jours avant mon mariage, je suis allée sur la tombe qu'elle partage maintenant avec son mari et son fils, un peu comme lorsque j'étais enfant et que j'allais chez elle boire une tisane...
Fin...