Je suis catholique mais...
Je sais bien que les personnes profondément catholiques qui me liront vont me dire que l'on ne peut pas être catho avec un mais. On est catholique tout court pas plus. Je connais ce genre de réflexions pour venir d'une famille très catholique du côté de ma mère. Ces familles qui ont une photo du pape Jean-Paul II dans leur salon (photo détrônée depuis par Benoit XVI), ces familles qui vont à la messe tous les dimanches matin, qui ne ratent pas la messe de minuit à Noël. Je ne critique pas ces familles, je les comprend, j'admire sans oser me l'avouer cette foi qui n'admet pas la discussion.
J'ai du lire la Bible pour la première fois à 12 ans. Je l'avais eu en cadeau pour ma communion, une jolie bible format livre de poche (qui vu sa taille ne tenait pas dans la poche) bleue avec une couverture qui était découpée en 4 carrés, un pour chaque évangéliste. J'ai aimé ce livre, je l'ai lu avec passion. Mais en le refermant, il y avait des questions qui restaient en suspens, des questions auxquelles personne ne voulait me répondre, pas même une de mes tantes très catholique. J'ai parfois eu l'impression que la foi n'admettait aucune question, limite "c'est ainsi pas autrement", que c'était mal d'avoir ces questions en soi, de discuter les paroles du pape.
Une question m'a longtemps turlupiné (elle continue d'ailleurs), dans la Bible, on parle de Jésus à 12 ans puis il y a un vide et lorsque que l'on en reparle il a 30 ans. Entre ces deux âges, il y a un flou qui soulève depuis longtemps des questions au fond de moi. J'ai été presque heureuse en lisant le Da Vinci Code de voir que je n'étais pas la seule à m'être posée la question. Je sais bien que le DaVinci n'est pas parole d'évangile, que c'est une thèse pas complètement vraie, je n'ai trouvé la réponse à mes questions, je me dis que je les trouverai peut être jamais de mon vivant. Elles sont là et elles ne m'empêchent pas de vivre, pas d'inquiétude à avoir.
J'ai voulu poser ces questions au diacre qui nous avait accompagné mon homme et moi lors de la préparation de notre mariage et j'avais reculé. Sa foi était tellement forte, sa façon de parler de sa rencontre avec Dieu si forte que j'avais reculé. Mais ce que j'en avais retiré de cette préparation, c'est que même si nous n'avions pas fait les choses dans le "bon" ordre avec mon homme (j'entends l'ordre que ma famille aurait voulu), notre diacre avait eu une vie ressemblante avant sa révélation. Que lui et sa femme avait eu La révélation à des kilomètres de distance, lui en mer, elle en accouchant. Pour dire que cette préparation avait un peu réveillée ma foi qui sommeillait dans un coin de mon coeur.
Cette Foi qui m'avait sauvé, m'avait empêchée de faire une bêtise plus jeune...
A 14-15 ans, je me sentais enfermée dans une vie qui ne me plaisait pas, dans des rêves qui n'étaient plus les miens, j'étais une ado mal dans sa peau. Je venais de quitter le collège qui avait été une période très dure pour moi. J'avais eu le tort de ne pas être très jolie, d'être mal dans ma peau, d'être la première de la classe, beaucoup de tares pour une même personne à cette époque. J'avais envie de partir loin de ma famille, j'étais attirée par les Etats-Unis (San Francisco plus particulièrement). Bref, je n'étais pas très heureuse, j'avais envi de partir loin de cette vie.
Et donc ma tante dont je parlais plus haut, - avait-elle senti mon mal-être? - m'avait invité à faire une "retraite" dans une communauté chrétienne, 3 jours dans un couvent (j'ai oublié où exactement) à dormir sous la tente avec mes cousines, à prier, à écouter les témoignages d'autres jeunes de 15-25 ans. Et je crois sincèrement que cette sortie de mon quotidien m'a sauvé, m'a empêché de disparaître. J'ai aimé ce week-end, j'en garde un souvenir plutôt flou de plein de tentes dans un champ à côté d'un château habité par les religieuses mais surtout une sensation de paix, de ne plus avoir à me battre contre ce moule dans lequel on voulait me faire rentrer et qui ne me convenait pas. Que j'avais le droit d'être moi. Des chants chrétiens différents de ceux que j'avais toujours chanté, des chants joyeux, jeunes, dédiés à Jésus et Marie, chants que j'avais chanté avec joie et passion lors du week-end de retraite. Des chants que ma cousine avait chanté à tue-tête lors d'un arrêt sur le chemin du retour dans une station-service pour évangiler, porter la bonne parole.
Des années plus tard, il y a eu la rencontre avec le prêtre du village où nous avions déménagé avec mes parents, ce prêtre qui savait écouter. Pendant 4 ans, j'ai aimé retourné à la messe, je ne m'ennuyais plus pendant une heure. Il est vrai que plus jeune, la messe du dimanche matin, c'était la corvée, aller une heure dans une église (très belle j'en convient) où il faisait froid l'hiver, à se lever, s'asseoir sans trop comprendre, pas génial pour une foi toute jeune.
Dans ce village, j'ai réentendu les chants de cette retraite, les JMJ avec Jean-Paul II venaient d'avoir lieu en France, et malgré la communauté un peu vieillissante, je me suis sentie heureuse de retourner à l'église.
J'ai quitté cette église lorsque je suis rentrée dans l'Armée, plus trop le temps d'aller prier.
Mais je garde au fond de moi cette joie de me dire que même si mes années 15-20 ans n'ont pas été belles, même si j'ai failli fuir, ma Foi légère et vacillante m'a permis de continuer vers la vie que j'ai actuellement